Nguyên Duc Môc

Le maître Nguyên Duc Môc est né en 1913 au Nord Viêt-nam, dans la commune de Thôn Sô Bon, province de Bac Ninh (actuel Ha Bac). La chaumière familiale a été construite sur une chaîne de collines nommées Son Hoan Long : « Montagne du dragon restitué ». Les familles y vivent de l’agriculture.

À l’âge de six ans, Maître Nguyen commence à étudier le võ avec son père, puis avec son oncle maternel, qui lui transmet le Võ Thuât Gia Truyên (arts martiaux de tradition familiale) et le Võ Nghe (art militaire, stratégie).

À dix-sept ans, il croise la route du maître Hoang Hoa Ba, venu du monastère Ma Duong Cuong, situé au sud de la Chine. Ce marchand de plantes médicinales était connu pour avoir défait une cinquantaine de pillards qui avaient investi la région. À la demande de leurs parents, le jeune Nguyen Duc Moc et son frère Nguyen Duc Chi étudient auprès de ce maître pendant dix ans. Il leur enseigne le Thieu Lâm Quyên (Shao Lin Quan), le plus souvent dans la forêt, où ils apprennent à reconnaître certaines plantes médicinales, ou bien dans une caverne appelée « l’œil du dragon ». De nombreux combats individuels, tant dans sa jeunesse que par la suite, permettront à Maître Nguyên d’appliquer la théorie à la pratique et d’approfondir sa compréhension du võ.

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En 1939, il est mobilisé par l’armée coloniale française. Après un certain temps passé au Moyen-Orient et au Congo, il participe à la grande contre-offensive en Europe. Après la Libération, il s’établit en France et travaille aux usines Renault de Boulogne-Billancourt. Des années quarante aux années soixante-dix, Maître Nguyen est également garde du corps lorsque des délégations officielles vietnamiennes se rendent en France. Il a notamment escorté Hô Chi Minh lors de sa venue en France en 1946. En récompense de ces services rendus à son pays natal, Maître Nguyen a reçu l’Ordre de la Résistance de première classe par décret du président de la république du Viêt-nam.

À la suite de provocations racistes, il doit se défendre à de nombreuses reprises. Son efficacité au combat intrigue ses collègues, qui l'interrogent en pensant qu’il s’agit du judo, seul art martial connu en France à cette époque. Il leur parle alors du võ. Enthousiasmés, ses collègues lui demandent de leur enseigner cet art. Les premiers entraînements se déroulent dans la forêt, après le travail.

Le Maître réalise alors une synthèse des techniques qu’il a apprises et fonde le Son Long Quyên Thuât, technique de combat du dragon de la montagne. Il choisit le terme Võ Viêt Nam pour deux raisons. Cette technique rassemble les trois grands courants traditionnels : Võ Binh Dinh, Võ Bac Ninh, Võ Quang Ninh. De plus, le maître souhaite populariser l’image de son pays, jusque-là connu sous d’autres termes (Tonkin, Annam, Cochinchine, Indochine). En 1957, il crée la Fédération du Võ Viêt Nam et choisit pour devise « La Voie de la vertu est notre fondement ; sagesse, civilité et loyauté sont nos guides. »

Il forme alors un nombre considérable d’élèves, venus parfois de l’étranger. C’est ainsi qu’en 1988, il fonde la Fédération Internationale de Võ Viêt Nam, rassemblant les fédérations algériennes, suisses et françaises. Le Son Long Quyên Thuât est aujourd’hui présent dans 13 pays et compte environ 80 000 pratiquants.

Thierry Dijoux fut l’un de ces élèves, et a étudié avec Maître Nguyen dès son plus jeune âge. Après vingt ans d’étude, il fonde en 1987 l’École Française de Võ Dân Tôc et contribue ainsi à la diffusion du Son Long Quyên Thuât.